Surprenant premier film de Dustin Hoffman en tant que réalisateur.
Premier plan:Une femme âgée, superbe, les yeux fixes. D'entrée la caméra célèbre la vieillesse. Puis la caméra se pose sur une partition. Et les doigts sur un piano. Et tout commence. Une chanteuse lyrique, un clarinettiste, des violons, des choeurs lyriques. Bienvenue à Beecham House, maison de retraite pour musiciens.
Mais ça n'est pas sans vie. C'est tout l'inverse. Il y a de l'effervescence, du mouvement, et du rire.
Mention spéciale à Billy Connely, délicieusement séducteur, maniant et usant du verbe pour retrouver un peu de jeunesse. Il est formidable de justesse, de drôlerie, et nous séduit quelque soit notre âge.
La maison résonne des ego encore tellement présents, des jalousies passées, mais des personnages qui vibrent encore de musique, de leur voix, leurs instruments. Ils préparent le gala annuel et se joue, au delà de l'évènement, bien plus.
D'anciennes douleurs vont ressurgir, avec l'arrivée de la grande Jean Horton, incarnée avec talent par Maggie Smith, le regard ampli de tristesse derrière la fenêtre de la maison qui a vu sa gloire passée. Superbe, prétentieuse, magnifique; Telle une diva elle arrive sous les applaudissements des pensionnaires, comme une chanteuse après un magistral solo.
Elle va renouer avec son ancien amour,Reg, Tom Courtenay, poignant, bouleversant d'émotion. Et avec elle va renaître le quatuor du Rigoletto de Verdi et renaître la vie, fragile, émouvante, drôle. La musique va panser des plaies qui ne s'étaient pas refermées. La dernière de ce quatuor délicieux est Cissy, la formidable Pauline Collins, atteinte dans le film d'Alzheimer, dont l'oeil pétille, telle une enfant, elle oublie ses réunions secrètes. Elle est vibrante de tendresse, de fraîcheur.
Ce film est un hymne à la musique, oui mais surtout à la vie, comme en témoigne les larmes aux yeux le docteur Lucy Cogan, incarné par la pétillante et tendre Sheridan Smith, émue, émerveillée par ses pensionnaires, charmée et portée par la vie que les pensionnaires apportent à cette maison de retraite pas comme les autres. Il n'y a que de la vie, passée, nostalgique, mais aussi présente, de l' amour toujours vif que leur procure la musique, qui exalte les passions, bien que beaucoup comme le dit Mrs Horton "ont la vie plutôt derrière eux".
Si vous êtes sensibles comme moi, vous allez verser des larmes, rire, vibrer et aimer passionnément ce film délicieux et plein d'âme, et vous ressortire le sourire aux lèvres, et le coeur ampli de douceur nostalgique et d'une envie de vivre les passions à deux cent pour cent!
En tant qu'amoureuse des images, ce blog est ma façon de dire Je t'aime au cinéma, au petit écran. Ici vous trouverez les films que je vais voir, ce que j'en ai pensé, mes séries favorites, les films que je n'ai pas aimés, les acteurs qui m'ont touchée, et bien d'autres choses...mais que des films ou des séries, rien que des films ou des séries, je le jure!
lundi 8 avril 2013
Lincoln
Une trompette résonne, patriotique, comme annonçant des évènements qui changeront la face des futurs Etats-Unis. Nous sommes sur un champ de bataille. Assis sous un porche, une silhouette, imposante, face à des soldats visiblement impressionnés, récitant maladroitement leur texte, un discours politique. Deux soldats blancs, deux soldats noirs. Pour nous rien de notable. Mais pendant la guerre de sécession, ça l'est. L'homme sous le porche, c'est Lincoln. Ou Daniel Day-Lewis...heu non Lincoln, Daniel?... On ne sait plus qui est qui tant l'interprétation de Day-Lewis est renversante. Son physique, sa voix, on cherche l'acteur connu, et on ne voit que Lincoln tel on le voit dans les portraits que l'on connait de lui. Un homme immense par sa stature, immense par son dévouement à vouloir l'égalité pour tous. Day-Lewis nous soulève, écrit l'histoire des Etats-Unis devant nos yeux, et emmène magistralement le film. Il atteint un degré d'incarnation tel qu'on ne peut que dire qu'il est exceptionnel, fou peut-être, sûrement, mais un génie, un acteur qui restera dans les grands de l'histoire du cinéma. Oui je suis peu objective quand il s'agit de Day-Lewis, mais qui le serait avec une telle interprétation?!!
La première partie est assez compliquée à comprendre, installe lentement les enjeux politiques complexes. D'ailleurs on ne comprend pas tout, pourquoi des luttes intestines, qui est avec qui, tout cela est parfois flou...mais en vérité, flou comme l'était le sujet à l'époque, complexe, un amendement même totalement fou à faire passer pour une époque où les noirs étaient considérés comme des biens. Et on se révolte avec Lincoln de cela. Et un autre se révolte, c'est le personnage incarné par un Tommy Lee Jones formidable, méconnaissable en vieux politique caché sous sa perruque. Il incarne un personnage d'un caractère intransigeant, forte tête, implacable, dévoué à la cause "noire", et apparait dans le film dans quelques scènes des plus mémorables, maniant le verbe avec brio, dédaigneux et cassant face à ses opposants qu'il méprise, et que nous spectateurs méprisons tout autant. Il est formidable.
On s'enflamme petit à petit avec eux, on comprend la difficulté à amener ces lois impossibles pour l'époque, impossible de faire bouger des années d'esclavage, des inégalités considérées comme naturelles et légitimes.
Mais Lincoln mène une guerre en même temps que fait rage la guerre de Sécession, et cette guerre est dans l'assemblée. Tout est bon pour ramener des voix à la cause. Et ça nous prend aux tripes sans qu'on ai senti quoi que ce soit arriver. Parce qu'on assiste aux luttes internes, aux télégrammes, aux réunions, aux débats qui font rage, et à l'impuissance dont Lincoln fait preuve face à sa femme, la magnifique Sally Field, digne, perdue, rongée de colère après la perte d'un de leur fils. Pour elle la bataille est dans la famille, face à un Lincoln qui donne toute son âme dans sa politique, toute son énergie.
On frémit lorsque les votes se rapprochent, et pendant les plaidoyers, nous sommes projetés dans une histoire qui va changer la face du monde, et ça nous prend aux tripes, avec la peur que gagnent le pouvoir blanc, les inégalités, l'injustice, et l'odieux racisme, comme si nous ne savions pas l'histoire déjà écrite depuis longtemps...On s'y jette comme les plaideurs, on a envie nous aussi de hurler OUI comme le hurlera un des hommes qui change sa voix contre son camp dans un moment absolument jubilatoire.
Ce Lincoln est grand, par sa stature, mais par sa conduite, prêt à tout pour gagner ce qu'il considère comme un droit dans une époque ou c'est loin d'être le cas. On pleure quand entrent dans l'assemblée, pour la première fois des noirs, on a envie d'applaudir avec les républicains ce moment mémorable de l'histoire de l'Amérique.
C'est un film qui célèbre l'Amérique, celle qui s'oppose aux lois qui pose l'injustice, celle qui honore l'humanité dans ce qu'elle a de plus grand, le bien, la justice, les combats pour des idées, celle qui change l'histoire, la leur, la nôtre. Servi par un casting parfait, et bien plus, Day-Lewis en tête, jusqu'aux second rôles, tous contribuent à rendre hommage à cette partie de l'histoire, probablement une des plus belles de l'histoire du pays. Du grand Steven Spielberg, sublimé par la musique de son complice John Williams qui sait si bien faire vibrer les plus grandes scènes. A voir et revoir avec émotion!
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