dimanche 3 février 2013

Django Unchained, du grand Tarantino

Du Tarantino inspiré, très inspiré...
ça commence comme un westernn sur du Enio Morricone...vu sur un paysage désertique...Puis des dos surgissent, noirs, marqués des coups de fouets répétitifs...on est pas à l'époque de la conquête de l'Ouest, mais à l'époque de l'esclavage, avant la guerre de Sécession. Mais quelque part, c'est ça aussi l'Amérique malheureusement. C'est comme ça qu'apparaît Django, le regard décidé, enchaîné aux autres, mais sur lequel souffle déjà un vent de rébellion, le dos puissant, qu'aucun coup de fouet ne fera ployer. Un Jamie Foxx magistral, libre, héroïque, vengeur, un Hamlet au pays de l'Oncle Sam...
Car ce Tarentino a des accents shakespeariens...La liberté, la vengeance, l'amour qui résiste à tout, et surtout cette histoire qui pourrait se passer ici ou ailleurs, maintenant, avant. Di Caprio, toujours aussi bon, détestable à souhait, maître profiteur, aucun respect pour la vie, surtout si elle est noire, hautain, sors un crâne de sa boîte. Shakespeare, vous avez dit Shakespeare?Et la bande-originale, formidable qui souligne ça...du Hip-Hop, de la Soul ( nous sommes les héritiers de l'esclavage, et notre époque n'est que le reflet de ce passé sombre?) du Beethoven joué à la harpe, du Rock...La liberté, ça n'a pas d'époque...
Et son acteur shakespearien...Christopher Waltz, indescriptible...habité par la poésie, par le goût du verbe, comme déposé à la mauvaise époque, un bouffon, un tragique, étranger aux idées corrompues de l'époque, c'est un initiateur, le fantôme de Hamlet qui guide la main vengeresse de Django...un acteur comme on en fait peu, un grand, sans aucun doute!

Ce Django venge les millions d'esclaves voués au silence et à l'humiliation, venge des siècles de chaînes...Tarentino ose. Son Django monte à cheval, joue de la gâchette avec grand talent, toise les blancs de haut, ose tenir tête et affirme son égalité, même sa supériorité sur les maîtres de plantations et leurs sous-fifres...Et ça énerve, forcément...Il énerve beaucoup de monde...alors forcément, ça explose...Mais Tarentino est fin. Il installe la violence tranquillement. On rit d'abord, ça commence comme une farce, puis les regards se font outrés de voir ce "nègre" qui monte à cheval, normalement on en fait de la charpie quand ils ne servent plus, comme en témoigne une des premières scènes "dures" du film, où on assiste, aussi impuissants que Django, à la mise à mort d'un esclave, déchiqueté par des chiens...Et là, on se souvient que ça n'est pas qu'un film...cette histoire, c'est la nôtre aussi...et ça monte, la pression, l'étau qui se ressert sur Django,on a mal au ventre,  on sent bien que le face à face avec la réalité va être explosif...et ça l'est...Django vengeur, Siegfried rageur qui secoure sa Brunehild, il les explose tous, au sens premier du terme, le sang gicle, il tire 10 balles à la seconde, il repeint la belle maison de maîtres, souillée par des années d'esclavage et la pulvérise...
Django libre sur son cheval dont il a enlevé la selle, le mors, puissant de sa haine, de sa justice...et il fait justice Django, on exulte, c'est jouissif, il fait ce que beaucoup ont rêvé, il libère le peuple noir, il prend le dessus, il dit "allez vous faire foutre"au Ku Klux Klan (ridiculisé dans une scène drôle à souhait). On l'aime ce Django, il nous soulage, il exorcise les désirs de chacun de changer l'histoire et les injustices de ce monde.

"Mais d'où vient ce nègre" dit un esclave, dont le sourire nous laisse penser que l'insolence de Django donnera des ailes à d'autres...De chez Tarentino bien sûr, Tarentino qui jubile de retourner l'histoire, qui jubile comme toujours d'ensanglanter son film, même de se faire exploser lui-même dans une scène, qui jubile de nous rendre libre...c'est ça le cinéma...et c'est même bien plus...Tarentino, Shakespeare des temps modernes!